Interview de Olivier Ottin MANAGER DE GREGORY LEMARCHALJ : Olivier, bonjour.
O : Bonjour.
1-J : Le grand public ne vous connaît pas forcément et pourtant vous avez
été un très proche de Grégory Lemarchal.
O : Un très proche, mais dans l’ombre. C’est pour ça, que le grand public ne
me connaît pas forcément. Ce n’était pas le but. Je suis malheureusement
rentré dans la lumière à cause de son départ. J’ai travaillé trois ans avec lui et
le but était de l’aider à devenir un artiste…..

Interview de Olivier Ottin MANAGER DE GREGORY LEMARCHAL2-J : Que faisiez-vous à ses côtés ?
O : Je travaillais dans une grande maison de disques, qui est la maison de
disque de Greg, j’étais son chef de projet. J’ai voulu absolument m’occuper de
lui parce qu’au cours de la compétition, je suis vraiment tombé amoureux, c’est
un bien grand mot, mais je trouvais que ce gamin avait vraiment un truc en
plus et je voulais travailler avec lui. Ce qui c’est tout de suite fait, puisqu’on
s’est rencontré au mois de janvier, quand il est sorti de la Star Ac. En tant que
chef de projet, on suit d’une part le côté artistique avec l’enregistrement de
l’album et l’on fait surtout, tout ce qu’il y a faire derrière c’est-à-dire les photos,
les clips, monter les plannings promo, les plans marketings, etc…Au bout de
deux ans de cette collaboration, j’ai choisi de quitter Universal pour vraiment
prendre le management de Greg. C’était une espèce de suite logique dans notre relation aussi professionnelle qu’amicale. C’était mon seul artiste ; je
m’occupais de lui sept jours sur sept.
3-J : C’est donc très logiquement qu’on vous retrouve dans le livre album qui
sort et qui s’appelle « Mon Frère l’Artiste » qui est un recueil de deux cents
très belles photos. Comment l’idée de ce livre est-elle née ?
O : C’est né dans le bureau de Michel Lafon, l’éditeur. On était en réunion avec
les parents de Grégory, et on se disait qu’un livre témoignage, cette année,
c’était un peu tôt. Parler de Greg, on en parle déjà beaucoup. Se plonger dans
un livre de témoignages aurait été compliqué donc, on s’est dit que pour
répondre à la demande des fans qui attendaient vraiment un livre cette année
au profit de l’association, c’est important de le signaler, on a essayé de
regrouper les photographes qui ont travaillé avec lui le plus souvent. De cette
réunion a germé l’idée de dire que ce n’était pas à nous de le faire, mais plutôt
à sa petite soeur. C’est comme ça que Leslie s’est retrouvée rédactrice en chef
du livre et qu’il a fallu qu’elle se plonge dans les mille cinq cents ou deux mille
photos environ. Il a fallu qu’elle les agence, qu’elle les choisisse, qu’elle les
légende ; ce qui a été un gros boulot pour elle, pas facile tous les jours. Mais,
je n’étais pas loin derrière pour la soutenir. 4-J : C’est pour ça que le livre s’appelle « Mon Frère L’Artiste ». On y
découvre des photos de famille : Grégory tout petit à Chambéry, sacré
champion de France de rock acrobatique, des photos de la Star Ac en
tournée, en vacances à l’île de Ré. Ce livre est un très beau cadeau pour
tous ses fans, non ?
O : C’est aussi un cadeau pour les fans, mais c’est d’abord un ouvrage qui va
nous permettre de récolter des fonds pour l’association et pour mener à bien
les actions qu’on est en train de mettre en place avec Pierre et Laurence
Lemarchal. Leslie tenait absolument à avoir cette contribution artistique vis-à vis de son frère. C’était important pour elle de choisir les photos, de donner sa
vision des choses, de parler à son frère via ce livre. Je crois que les gens
seront étonnés de la franchise et de l’honnêteté des propos de Leslie, qui sont
à la fois très simples, très purs, très humbles, très pudiques aussi. Au détour
des pages, je vous avouerai que je n’ai pas relu le livre entièrement car j’ai
parfois du mal à me replonger dans ces images là. Quand j’ai relu les légendes
avant parution, il y a vraiment des choses qui m’ont bien troublé.
5-J : Ce livre est aussi une manière de tenir la promesse qu’ils ont faite à
Grégory, c’est-à-dire de lutter avec toute la force qu’ils pourront rassembler
contre cette maladie, la mucoviscidose ?
O : Oui, c’est la promesse qu’on lui a tous fait. Premièrement, ses parents et
sa petite soeur Karine et moi et on s’y tient. On fera tout ce qui est en notre
pouvoir pour que la recherche avance, pour que les malades aillent mieux dans
leur quotidien. On a déjà des idées d’action, sans doute avec l’hôpital Foch qui
est en train de projeter de refaire pour l’année prochaine, leur étage
spécialement pour les mucos, donc on va participer à ça, on va les aider car
ça coûte énormément d’argent pour refaire un service hospitalier et on va
s’occuper du confort des malades à l’hôpital, de l’accueil des familles à l’hôpital,
ce qui est super important car c’est très compliqué quand vous avez un enfant
malade de la muco en fin de vie. La famille campe dans la chambre avec
l’enfant, ils dorment à trois sur un lit de camp. Les hôpitaux français ne sont
pas tellement pourvus pour ça. On va aussi s’occuper des familles à la maison,
car c’est important que les malades n’aient pas de soucis de confort, de bienêtre.
Il y a des choses qui sont prises en charge par la sécu, mais il y a des
choses plus annexes qui ne le sont pas. C’est compliqué pou un malade de
partir en vacances, donc on va essayer de remédier à ça aussi car on va
essayer de fédérer un réseau de kinésithérapeutes. Tous les kinés ne font pas
de la kiné respiratoire car ça ne les intéresse pas ou autre, donc on est en
train de voir avec des kinés avec qui on a travaillé à monter tout un réseau qui
va nous permettre de dire aux gens : dîtes-nous où vous voulez aller et on vous trouve le kiné le plus proche. Ce qui n’empêchera plus les parents de partir en
vacances car la kinésie est essentielle pour un malade de la muco. Pour ceux
qui sont le mieux pourtant, c’est une séance par jour, mais pour certain, ça
peut être cinq séances par jour. Si on n’a pas de kiné à portée de la main,
c’est très compliqué de bouger.
6-J : Quand on comprend ce qu’est cette maladie, on mesure encore mieux
le courage et la détermination de Grégory Lemarchal qui, alors même qu’il
souffrait de cette maladie, a choisi un métier qui faisait appel au souffle ?
O : C’est le paradoxe de ce garçon. Comme je disais, c’était un « petit con »;
pour le choix de sa carrière, pour faire chier les gens il disait : « je n’ai pas de
souffle, donc je vais chanter ». Et personne encore aujourd’hui ne s’explique
comment il arrivait à sortir ces notes là, comment il arrivait à chanter parce
que par moments, trois minutes avant de chanter, il en était incapable car il
était essoufflé ; il chantait sa chanson cinq minutes sans aucun problème et à
nouveau, pour parler, il était essoufflé. Donc personne ne s’explique où il allait
chercher cette volonté. On ne comprend pas, on a parlé avec des phoniatres,
des médecins. Tout le monde nous regarde avec des yeux éberlués. Ce qui est
drôle entre guillemets, c’est que l’histoire de Greg, dans le monde de la muco,
a fait le tour du monde. En effet, un malade de la muco qui chante et qui
gagne à une radio crochet comme la Star Ac, ça n’existe pas normalement. En
fait, on s’est rendu compte de ça, quand on est allé tourner le clip « A Corps
Perdu » au Canada. Quand on est arrivé, il nous manquait un tuyau pour les
appareillages, donc on est allé le chercher dans un hôpital. J’y suis allé avec
Pierre et les médecins me disaient : vous êtes Greg et je répondais que non,
mais tout le monde était au courant en fait. Alors peut-être parce que le
Canada est francophone, mais vu le nombre de témoignages qu’on reçoit du
monde entier depuis le départ de Greg et Dieu sait que j’en reçois sur la page
« My Space » de Greg et sur ma page à moi ; on a des américains, des russes,
des polonais, on a des gens du monde entier qui nous écrivent et qui nous
racontent le monde de la muco en dehors de la France. Bien qu’en France, il y ait des problèmes au niveau de l’accompagnement des malades et des familles,
je peux vous dire qu’on n’est pas trop mal loti car en dehors de nos frontières,
c’est très compliqué. En Russie, c’est une catastrophe, par exemple.
7-J : Ce courage d’ailleurs, vous en parlez dans le petit mot qu’on retrouve
dans le livre car il y a des photos de ce fameux tournage au Canada ?
O : Ca a été un tournage épique. J’ai été impressionné sans être le seul.
L’anecdote qui est drôle , c’est qu’on est allé à Montréal et au Canada, c’était
au mois d’octobre, on s’est dit qu’on allait trouver un bel été indien, une belle
lumière, le ciel bleu, une température correcte pour Greg … Le bilan est qu’on
a trouvé un ciel bas et gris, il pleuvait et il faisait zéro degré et que l’on a
essayé de gommer ça tout au long du tournage, donc c’était un peu long pour
lui pendant trois jours. Mais il a trouvé ça passionnant car il découvrait
Montréal, le Canada. Il touchait du doigt les Etats-Unis. Il a bluffé toute l’équipe
car à un moment, il y avait une scène à tourner où il devait en même temps
conduire une espèce de vieille voiture américaine avec une boîte automatique,
qu’il n’avait jamais conduite de sa vie, jouer avec les quatre comédiens qui
l’entouraient, regarder la caméra qui était sur sa gauche et chanter son play
back. Et dès la première prise, coupé. Ok, elle est dans la boîte. Je lui ai
demandé comment il faisait pour conduire cette voiture ; même moi je n’y
serais pas arrivé. Il m’a répondu : tu fais ça comme ça et hop ça roule ! Il avait
cet esprit très pro, très exigeant vis-à-vis de lui-même. Quand on faisait un clip,
il faisait énormément confiance au réalisateur qui écrivait le synopsis et à partir
du moment où il validait l’histoire, son unique but était de donner ce que le
réalisateur attendait. Il était très soucieux de l’image et du contenu de
l’histoire. Sur ce clip, il était très investi car la chanson lui tenait très à coeur.
Certains disent que cette chanson « A Corps Perdu » est arrivée trop tôt dans
sa carrière, la preuve que non. Cette chanson résumait sa vie, sa philosophie
de la vie, ses envies. Ce n’est pas innocent quand un gamin de vingt et un ans,
atteint de la mucoviscidose, chante : « je veux écrire mon histoire, je ne veux pas être le pantin d’une histoire ». Malheureusement, cette chanson a été mal
reçue par les médias car on a essayé de la sortir en single. Tout le monde
trouvait cette chanson magnifique, mais tout le monde se disait si je passe ça
à l’antenne, qu’est-ce que vont se dire les gens ? Tout le monde a pris ça pour
une chanson négative parce que les termes étaient forts, alors que non, au
contraire, c’est certainement la chanson la plus positive qu’il ait eu dans sa
carrière.
8-J : On le voit très bien à travers les commentaires de Leslie dans le livre,
Grégory était quelqu’un de passionné, un bosseur, il avait du talent et
surtout il était soucieux de bien faire les choses, de vraiment donner ce
qu’on attendait de lui ?
O : Alors, bosseur, ça c’est sûr c’est-à-dire que quand il travaillait, j’avais quatre
coups de fil par jour ; quand il ne travaillait pas, j’en avais vingt. Il était en
attente de bosser, il voulait bosser. Et en plus, le fait d’avoir un emploi du
temps régulier, c’était bien pour lui. Il préférait avoir sept jours où il bossait
tous les jours que de travailler pendant trois jours et puis ne rien faire pendant
les quatre jours qui suivaient. Il préférait la régularité qui s’intégrait mieux dans
le rythme de la maladie. Il avait toujours soif d’apprendre et il a eu la chance de
croiser des gens magnifiques et merveilleux comme Yvan Cassart, Bertrand
Lamblot, Pascal Nègre qui ont toujours écouté ce qu’il avait à dire ou à
demander. Ils ont toujours fait en sorte de le mettre dans les meilleures
dispositions possibles pour qu’il soit au meilleur de lui-même. Donc, c’est
important.
9-J : Une autre expérience très forte que vous avez vécu tous les deux, c’est
la tournée dans toute la France. Quels en ont été les moments les plus forts ? O : Tous les soirs, c’était fort parce qu’il se donnait entièrement à son public.
Mais je dirais sans doute la première date : le 13 mai à Aix-Les-Bains, chez lui,
avec toute sa famille dans la salle. Ca a été un moment super émouvant ; on a
tous bien pleuré ce soir là, car c’était son anniversaire et c’était lourd en
émotions. L’Olympia a été un moment fort, parce que l’Olympia était une salle
mythique pour lui, parce que Paris. Quand il a vu son nom inscrit sur la
devanture de l’Olympia, il n’en revenait pas. Les autres moments ont été les
dates annulées pour cause d’appendicite ; il n’aurait jamais dû remonter sur
scène et il est revenu faire les trois derniers concerts car ça lui tenait à coeur.
Il a refait Bruxelles et un Olympia six jours après l’opération. Une volonté de fer.
10-J : C’est une grande leçon de courage ?
O : J’ai coutume de dire que ce gamin - il ne m’en voudra pas si je l’appelle
« gamin », on avait quand même quinze ans de différence - m’a donné entre dix
et quinze leçons de vie par jours en trois ans. Vous faîtes le calcul, c’est pas
mal.
11-J : C’est ce qui explique l’implication de tous ses proches ?
O : On se le doit. On lui doit. On n’a pas le choix ; on ne s’est pas posé la
question. On en parle souvent avec les parents ; on ne sait même plus quand
est-ce que l’association a été vraiment décidée. Ca a été une espèce de
prolongement logique dans nos vies à tous et on ne se voyait pas faire
autrement. On ne se voit pas faire autrement. Moi je suis tous les jours avec
Greg aujourd’hui, il est là quelque part, je ne sais pas où, mais il est là. Je
continue.
12-J : Parlons de l’association Grégory Lemarchal, que peut-on faire pour
aider cette association ? O : Donner de l’argent dans un premier temps, car on est en phase de
bouclage du montage administratif, ce qui dure très longtemps. Créer une
association avec un tel but prend du temps. Tout est en route, c’est déposé
depuis le mois de juin, tout va bien. Nos premières actions auront lieus
courants 2008 et ça commencera avec l’hôpital Foch. Actuellement, on est
dans la phase collecte de fonds pour avoir assez d’argent tout de suite pour
faire les choses bien.
13-J : Avez-vous été surpris par le succès rencontré par l’association ?
O : En trois mois, avoir plus de quatre mille membres, c’est pas mal. Ce qui est
surprenant et ce qui nous rend super heureux aussi c’est que l’album « Je
Deviens Moi » s’est vendu à sept cent cinquante mille exemplaires et il est
certifié disque de diamant. Ceci va faire énormément d’argent pour
l’association. Il y a plein d’auteurs, compositeurs, éditeurs qui reverseront
également tous leurs droits. Ce qui n’est pas une chose facile en France. Ces
dons de générosité autour de l’association, ça nous étonne et en fait, non ce
n’est pas étonnant car il le mérite. Ce qu’il a donné aux gens pendant trois ans,
les gens lui rendent maintenant d’une belle manière, je trouve.
14-J : Je rappelle qu’acheter ce livre « Mon Frère l’Artiste », c’est
indirectement faire un don à l’association ?
O : Oui, tous les droits d’auteurs sont reversés à l’association, l’éditeur a fait
énormément de sacrifices et d’efforts pour que le livre soit de super bonne
qualité et qu’il ne soit pas cher en magasin. Il ne faut pas non plus que les gens
déboursent des mille et des cent. Donc, acheter le livre, c’est donner
directement de l’argent à l’association, donc aux malades. 15-J : Pour couper court à toutes polémiques, parlez nous des autres livres
qui sortent?
O : Oui, il y en a deux autres à venir. En parler, c’est leur faire de la publicité. Ils
essayent de trouver une caution auprès de nous au dernier moment juste
avant la commercialisation, on va vous donner de l’argent et puis non. Les
seuls livres qui sont vendus au profit de l’association sont des livres édités par
les éditions Michel Lafon. Point barre. Vous pouvez aussi trouver un soundbook
dont je me suis occupé cet été ; c’est un petit bouquin qui regroupe toutes les
partitions de guitares et piano des chansons de Greg. Ça correspond vraiment
à ce que demandaient les fans depuis un an. On le trouve dans toutes les
bonnes librairies musicales. C’est aussi pour l’association.
16-J : Merci beaucoup parce qu’à travers vous, à travers toutes ces
actions, il est toujours avec nous ?
O : Il est et sera toujours avec nous, c’est clair.
17-J : Si on veut donner de l’argent très concrètement, comment fait-on ?
O : Par courrier : Association Grégory Lemarchal
B.P 90124
73001 Chamberry Cedex
Site internet : HYPERLINK “http://www.association-gregorylemarchal.com”
www.association-gregorylemarchal.com

Source: télé-vision.fr