|
jan 14
|
|
Ecrit par Frédéric le 14 janvier 2008
|
Nâdiya, bonjour. Avant de revenir avec votre tout nouvel album « La Source » ; vous avez eu
besoin de disparaître un peu.
Oui, pour la simple raison que je n’ai cessé d’enchaîner les titres, les albums et qu’au bout d’un
moment, j’ai eu besoin de me retrouver tout simplement. Depuis 2002, j’ai sorti l’album « 16/9ème »
puis j’ai enchaîné avec l’album « Nâdiya ». On a eu beaucoup de chance et beaucoup de succès et
c’est vrai que pour avoir le recul sur ce que vous faites, en tout cas ce que moi, je me donne comme
ligne de conduite tout le temps, c’est de me dire tant que je suis dans la transmission, je suis dans
l’harmonisation de moi et donc je donne d’autant plus que quand je sais ce que je donne. A un
moment donné, quand vous enchaînez les tubes, les tournages, les enregistrements ; il y a un
moment où vous ne savez plus trop. C’est pour ça que j’ai décidé de prendre ce recul nécessaire pour
pouvoir rester en ancrage sur moi‐même et pour pouvoir toujours donner le maximum aux gens…..
J’ai lu que vous aviez fait un voyage sur la terre de vos parents et que vous vous étiez rapprochée
de la spiritualité.
Oui, car c’était nécessaire pour moi de revenir à la source. La source, ça veut dire plein de choses :
c’est les racines, l’ancrage dans qui vous êtes vraiment. Il y a donc les ancêtres, les grands‐parents,
les odeurs. Le fait de retourner en Algérie, ça m’a permis de vraiment savoir qui j’étais. La source,
c’est aussi l’eau et l’eau pour moi c’est une énergie pure avec laquelle on se lave de plein de choses.
L’eau, c’est quelque chose qui bouge. Pendant ces 12 mois de repli, j’ai eu le temps de voir les choses
et de pouvoir être amenée dans ce que je sais que je peux donner.
Le 4ème album est là ; il s’appelle « La source ». D’une façon générale d’abord, vous avez mis quoi
dans ce nouveau bébé ?
Dans cette 4ème plongée, je dirais, j’y ai mis mes souffrances dans un premier temps puisque j’airais
pu me reconstruire avec des choses qui me paraissaient importantes à dire. Là, j’avais envie que ce
soit un vrai exutoire sur moi‐même. « Vivre ou survivre » est une chanson qui permet de ressentir les
limites de chacun ; en l’occurrence dans cette chanson ce sont mes propres limites. Donc je touche le fond, je le dis très bien dans mon slam, on a tous le choix d’aller vers le haut ou de continuer vers le
bas. Pour avoir vécu ce sentiment, j’avais envie de transmettre ça aux gens. Je connais la cible des
gens qui achètent mes albums ; ce sont les jeunes. Et c’est important qu’ils sentent que la personne
qui a l’habitude d’être dans l’énergie, dans la force, peut se retrouver dans une très grande fragilité.
D’ailleurs, j’ai des retours et témoignages assez forts de certains jeunes. J’ai des messages très
poignants de nanas qui ont perdu un pote parce qu’il s’est suicidé. Quand ils ont eu le clip qui vient
de sortir en avant première, ça a eu un impact tout de suite sur les jeunes. Je voulais dire que
n’importe qui peut avoir ce sentiment de mal‐être, mais peut continuer à vivre surtout quand on est
artiste et se dire qu’on peut s’en sortir. J’ai eu envie de transmettre ça. Après, j’ai voulu parler du 11
septembre en faisant allusion au sentiment de perdre quelqu’un ; d’un seul coup on subit une
situation donnée et là on ne peut rien faire et perd tout en une minute. Je parle aussi du sentiment
de pardon ; comment on peut pardonner un tel acte. Voilà, je commence l’album comme ça. J’ai eu
envie de remanier Cheyennes parce que je parle de ma force car elle est indissociable de ce qui peut
être fragile. On est fort parce qu’on est très fragile. Pour ma part, c’est cette carapace qu’on se doit
d’avoir pour ne pas tomber. Je l’ai amené dans un contexte de son très planant, assez agréable pour
pallier la force et la profondeur des choses. Après il y a « Corrida » parce qu’il a aussi mes origines, le
côté oriental. C’est un flamenco mais j’avais envie de transposer l’histoire du taureau et du matador
qui est une histoire de passion, d’amour avec les histoires de couples qui ont ce rapport force et
fragilité avec cette notion de sacrifice. C’est pour ça que je l’ai écrit comme ça. Pour moi, le taureau
n’est pas dans la force, il est au contraire très fragile. Dans les histoires hommes/femmes, il y a
souvent ce rapport de force quand on parle d’histoires fusionnelles.
Il y a une très jolie chanson….
Oui, « A mon père ». Je rends hommage à mon papa. Issue d’une culture orientale, le rapport avec le
père est un rapport de respect, de pudeur et souvent de non‐dit. J’avais envie de dire à mon papa
que, même s’il ne l’avait pas dit, qu’il avait réussi son rôle de papa. Quand j’ai rencontré Idir, j’ai vu
tout en lui mon père et d’ailleurs je dis de lui que c’est mon père spirituel, c’est un homme
extraordinaire. Il est juste, il a une profondeur d’âme incroyable et parle justement. Il ne m’a pas vue
beaucoup mais il me dit qu’il a ressenti beaucoup de choses tout de suite. De plus, il a ce pouvoir des
mots ; il est pour moi un poète des années 2000. Il est juste ce qui fallait pour pouvoir faire cette
chanson de manière simple et ludique. Vous nous parliez toute à l’heure de chansons qu’on retrouvait déjà sur d’autres albums, elles sont
amenées d’une façon plus scénique. On sent que ça arrive.
Je voulais donner aux versions que les fans connaissent un autre aspect orienté vers la scène. Cet
album va être le trampoline qui va me permettre d’aller sur scène. A travers ces versions extended,
de « C’est parti », de « Si loin de vous », « Parle‐moi », je voulais amener les gens vers l’imagerie, vers
quelque chose d’assez scénique.
Pourquoi il n’y a pas eu de scène avant, vous ne le sentiez pas ?
S’il n’y a pas eu de scène avant, c’est parce qu’on n’avait pas l’équipe nécessaire pour pouvoir
amener l’imagerie et être à la hauteur du niveau des chansons qu’on a donné aux gens et distribué
grâce aux disques. Il a fallu du temps pour monter cette équipe, il a eu des moments avortés
puisqu’on a mis en place des salles. On s’est aperçu à ce moment là qu’on n’était pas prêt.
Aujourd’hui, on est prêt car on a une équipe artistique solide, viable. J’ai la chance de pouvoir faire
cette tournée avec Les Farfadés qui représentent le cirque moderne par excellence. Je voulais aussi
rendre hommage sur scène à tout ce qui touche au monde du spectacle. Le cirque est l’origine de ce
que sont les artistes aujourd’hui. De plus, ils savent tout faire et ils sont rentrés très facilement dans
mon univers, en termes de mise en scène entre autre. Ils vont faire de très belles choses.
Cette tournée va être féerique, il y aura beaucoup d’images, c’est aussi une envie de faire appel à
un public large : autant les enfants, les jeunes que les parents. Finalement, tout le monde va s’y
retrouver.
Oui, car en fait, quand j’étais plus jeune, je ne pouvais pas aller à tous les styles de spectacle car ils
étaient très chers. Pour moi, aller voir un artiste, c’est aller voir un spectacle fait pour les familles.
C’est important pour moi. D’ailleurs, je le dis très bien dans la chanson ‘ Au coeur de la rue’, je
n’oublie pas d’où je viens et c’est une façon de pouvoir donner accès à cette source de gens qui n’ont
pas forcément les moyens de se payer ce genre de spectacle. Je veux leurs montrer que la musique
n’est pas un luxe mais une nécessité. On a besoin de la musique pour continuer à vivre simplement
et il ne faut pas que ça devienne un luxe. Comment vivez‐vous l’approche de la tournée ? Vous avez envie d’y être ?
Je suis très pressée d’y être. D’ailleurs quand je suis montée sur scène en répétition il y a quelques
jours, j’étais pressée. J’ai eu une petite expérience en faisant une tournée de 20 dates il y a un an et
demi et pour moi, ma place est uniquement là. Si je ne pouvais faire que ça sans faire de disque, ce
serait mortel, ce serait super. Aujourd’hui, le processus est qu’on fait de chansons, des disques pour
les gens et ensuite on monte sur scène. Sur scène, j’ai un sentiment particulier : je me sens Moi.
Même si j’ai mal à la tête, d’un seul coup, je me sens portée par un truc super fort qui est en fait
l’énergie des autres.
Vous parliez des chansons qu’il faut faire pour faire une tournée, il y a les clips aussi. Vous arrivez
avec le dernier clip « Vivre ou Survivre » ; c’est à nouveau un clip avec un grand C. Nâdiya , vous
faites des clips énormes.
Ils sont à la hauteur de ce que j’ai dans la tête et c’est comme ça que je conçois ma musique. Avant
même de penser à l’image, quand on pense au son, à l’harmonie et à la mélodie, on se plonge dans
un univers d’images. Forcément, l’image ne peut pas être en décalé avec le son. Quand on a eu l’idée
de faire ce clip, on s’est que ça allait être la mission parce que partir une semaine avec les sacs à dos
en montagne, avec une équipe très réduite ; c’était vivre ou survivre dans le vrai sens du terme. Et ce
clip est en harmonie avec ce que je dis dans ma chanson. Il n’y a pas un moment où je ne suis pas en
corrélation avec une séquence, une image, un regard. On est parti, on est allé dormir dans des gîtes,
on a rencontré un gars Pilou, qui a monté des cabanes et qui avait vécu 5 ans dans la forêt et il en a
survécu. Il était très marqué mais il nous a plongés dans le vif du sujet. En le voyant, j’avais en face de
moi le miroir de ce que je voulais être et il était libre. Et quand j’ai fait cette chanson, on se sent
prisonnier de plein de trucs. En même temps quand on est fait d’une certaine manière, je suis
quelqu’un qu’on ne peut pas influencer facilement voir pas du tout ; ça a un prix. C’est pour ça que je
me bas pour ma liberté, c’est une vraie raison de vivre. Certains disent que c’est suicidaire ; mais ils
ont le choix. Pour moi, c’est tout ou rien et c’est tout moi. Je ne suis pas dans le compromis. En
faisant ce clip, j’ai rencontré des gens sur place qui n’étaient pas inscrits dans le hasard des choses.
Ils étaient dans le scénario et c’est pour ça que je crois très fort en cette chanson. Elle impactera au
fur et à mesure, sur le long terme. Je n’ai pas fait cet album pour revenir et faire un coup ; et je
remercie les gens qui me suivent et c’est pour ça qu’on retrouve les chansons que tout le monde
connaît. Je dis aussi que la tournée sera comme ça car le plus important sont ces nouvelles chansons.
C’est l’avenir ; ici, maintenant et après. Pour terminer, dans le clip on voit une Nâdiya qui a un petit côté Beyonce…
Rire. Ah, oui !
On était redescendu de la montagne, il faisait 26° évidemment donc même là‐haut, je suis en petite
tenue, genre en tenue de Jane. On voulait quelque chose de racé avec Thierry Verne, le réalisateur. Il
me disait de ne plus penser, d’avoir la rage de vivre, d’être en contact avec la terre donc je ne calcule
rien. D’ailleurs, je dirais que Beyonce prend beaucoup sur les origines orientales qui ramènent
beaucoup chez nous à tout ce qui est tactile. C’est quand même assez oriental, ce qu’elle fait même
si elle est très américaine. Elle travaille beaucoup avec Mr Eddy Sabe, couturier avec qui je travaille
aussi pour la scène en 2008.
Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter pour 2008, justement ?
De la force et beaucoup de sérénité.
Alors, on vous le souhaite.
Merci.